Un donneur de leçon de mes amis (ce dernier terme n’étant pas ironique), a fort peu goûté la pique que j’ai lancé à la fin d’un article sur mon blog
cinéma, consacré au film Astérix aux Jeux Olympique.
Il n’a pas apprécié du tout l’emploi du mot « insipide » pour décrire les derniers albums d’Uderzo. Je n’ai pas développé la pique sur l’article ciné, mais la discussion houleuse qui
s’ensuivit, me donna idée d’un article, pour ce blog là, de bande dessinée.
Plus que d’Uderzo et d’Astérix, ce sont des grands classiques de la BD Franco-belge, dont je vais vous parler là : Astérix, Lucky Luke, les Tuniques Bleues, Thorgal, Spirou, entre autre.
Que puis-je reprocher à ces séries ? D’abord, je ne les mets pas toutes sur le même plan, et vous allez voir pourquoi.
Il y a, dans la bd européenne, un manque, il me semble, vis-à-vis de la BD américaine. Aux Etats-Unis (et l’on pourrait dire bien du mal du système américain, mais tel n’est pas l’objet de cet
article), il est accepté couramment, que des auteurs différents puissent apporter des visions différentes et intéressantes à un même personnage. En gros, quand une équipe d’auteurs n’a plus rien
à dire, elle n’hésite pas à laisser la place à une autre (souvent, les équipes se font virer, mais tel n’est pas l’objet du débat). Pour ceux à qui cela parle, on pourra parler de Kurt Busiek sur
les Thunderbolts, ou de bien d’autres.
Mais tel n’est pas le cas en Europe. Ce qui fait que nous avons des séries populaires et quinquagénaires, qui paraissent toujours, avec les mêmes auteurs à la barre, complète ou incomplète,
suivant si le scénariste est mort ou pas. Astérix, les Tuniques bleues, entrent dans cette catégorie. Thorgal y entrait encore, jusqu’à il y a peu.
Quel est donc mon souci avec ça ? En quoi cela me dérange-t-il ?
Pour faire simple, je pense qu’après 50 albums, un scénariste a le droit de ne plus rien avoir à dire. Un scénariste reste un homme comme les autres, et peut tout à fait avoir fait le tour,
suivant ses capacités, du sujet qu’il traite. Mais, malheureusement, par habitude, par souci de profit, ou par aveuglement, certains continuent toujours sur leur lancée, et produisent des albums
creux et guères intéressants.
Mon ami m’a rappelé, lorsque je lui ai évoqué ce fait, que ces albums que je juge sévèrement, se vendent particulièrement bien, pour certain ça se compte en millions d’exemplaires. Mais c’est
qu’au-delà de la qualité intrinsèque de l’album, le lecteur veut autre chose. Il veut de la nostalgie, il veut du rituel. Souvenez vous de cette chanson de Renaud « La mère à titi »,
dans laquelle il décrivait l’appartement d’une vieille dame modeste, qui possédait chez elle un exemplaire du Grand Meaulne, un de ces romans qu’il fallait avoir pour faire bien, mais dont le
contenu n’était pas intéressant pour lui-même. Les Astérix, les Thorgal, les Tuniques bleues, sont des albums qui entrent dans cette catégorie. Voilà cinquante ans que les enfants grandissent
avec, ou les adolescents, et qu’ils sont devenus des adultes, voir des personnes un peu plus âgées que cela. Quand ils achètent un Astérix, aujourd’hui, ils achètent une part de leur enfance, ce
souvenir qu’ils ont de lectures passionnées, qui, à la bibliothèque, qui dans le magazine Pilote (Matin, quel journal), ou que sais-je encore.
La qualité de l’histoire est accessoire. On la pardonne facilement, on se fait le regard moins critique. Car comment critiquer ce personnage qui nous donna tant de plaisirs étant enfant ?
Voilà comment on se retrouve avec un album comme Astérix et Latraviata, creux, vu et revu, ou Requiem pour un bleu, et ses multiples planches copiées intégralement.
Nous avons là des séries dont les scénarios sont indignes de ce qu’ils ont été par le passé, mais dont les auteurs persévèrent sur leur lancée.
Pour anecdote, je me souviens d’une séance de dédicace où je rencontrais Raoul Cauvin, scénariste, entre autre, des Tuniques bleues. Je lui demandais, sur le ton de la rigolade, s’il emmènerait
un jour ses personnages sur le chemin de la paix. J’ai vu son regard se glacer, et outré, m’a répondu que c’était absolument impossible, que cela signifierait la fin de la série. Pourtant, quand
on voit les derniers Tuniques Bleues, on en serait presque à souhaiter, pour qui ne met pas d’émotionnel derrière sa lecture, à ce que la série s’arrête.
Ou alors, évolue.
Car oui, même une série franco-belge peut évoluer, changer d’auteurs, et proposer toujours de nouvelles choses. Le cas le plus récent concerne Thorgal, série pour laquelle son scénariste et
co-créateur, Jean Van Hamme, a estimé ne plus rien avoir à dire. Il a laissé sa place à un nouveau scénariste, pour faire prendre à sa série une nouvelle direction, qui sortirait des sentiers
explorés depuis vingt-neuf albums. Je dois avouer qu’à l’annonce de cette nouvelle, j’en fus très agréablement surpris.
Mais Thorgal n’est pas le seul. Boule et Bill a été repris, depuis plusieurs albums par Martin Verron, qui propose là encore des visions différentes de l’auteur décédé, Roba.
Que dire de Lucky Luke, dont la reprise par Achdé et Laurent Gerra, mis fin à plusieurs albums soporifiques du genre de « l’Artiste Peintre », scénarisé par Bob de Groot, et dont le
deuxième opus, « La corde au cou », a reçu d’excellentes critiques ?
L’ancêtre, dans cette configuration, est sans nul doute Spirou. Cette série a connu de multiples équipes créatives, qui chacune a donné d’excellentes histoires pour le groom. Pour ma part, par
exemple, je reste extrêmement attaché à la vision donné par Tome et Janry, dans l’album prodigieux « Machine qui rêve », qui mena les personnages dans un univers beaucoup plus adulte,
qui me convenait à merveille. Bon, depuis je boycott la suite de Spirou, mais non pas à cause des nouveaux auteurs, mais à cause des éditeurs qui virèrent Tome et Janry malgré leur succès.
Tous ces exemples pour montrer qu’à partir du moment où les auteurs acceptent de reconnaître leurs limites, la qualité est souvent au rendez-vous. On est jamais à l’abri d’un échec, mais dans
l’ensemble, on a pas à se plaindre de la reprise d’une série ancienne.
Parfois il faut un peu de temps, comme Alix et son nouveau dessinateur, Christophe Simon, qui a remplacé un Rafael Morales choisit par le maître Jacques Martin, mais finalement peu convaincant.
Ainsi donc, je milite activement pour qu’Uderzo arrête le scénario, se trouve un auteur qui puisse renouer avec la qualité et permettre aux fans de mêler à la fois nostalgie et plaisir de lire.