Titre: L'Orme du Caucase
Scénariste: Utsumi Ryuichiro
Dessinateur: Taniguchi Jirô
Editeur VF: Casterman
Editeur VO: Shogakukan
Qu'il est rare pour moi de me forcer à faire une chronique. Il y a des albums qui ne me donnent pas du tout envie, d'autres pour lesquels je n'écris rien de bien intéressant.
Nous sommes dans un autre cas, avec l'Orme du Caucase. J'ai presque peur d'abîmer la beauté de cet ouvrage, en parlant de façon incorrecte de son contenu. Un respect énorme, qui me donnerai envie
de me mettre face contre terre, à la japonaise.
Pourtant, je vais vous parler d'un de ces rares Taniguchi que je n'avais pas encore lu.
Il est d'une telle qualité, une fois de plus, que je ne peux pas le laisser totalement hors de l'ombre et hors de ces pages. Taniguchi Jirô n'est pas l'auteur du scénario, mais celui-ci reste tout
à fait dans la lignée des oeuvres du mangaka.
Vous trouverez huit histoires, huit nouvelles, écrites par Utsumi Ryuichiro. Toutes ont pour thème la famille, sans jamais se répéter. Des familles plus ou moins heureuses, plus ou moins en bon
état. Mais il n'y a aucun méchant, dans ces pages, aucun vilain à punir. Que des gens, avec leurs qualités, leurs défauts.
J'en retiendrai deux que je vais mettre en avant, pour les autres, je vous recommande plus que chaudement la lecture de cet ouvrage.
"Les environs du musée", est une superbe histoire sur une vieille femme, veuve, qui découvre par hasard qu'elle pourrait refaire sa vie, qu'elle peut aussi aimer, puisqu'elle a rempli ses fonctions
sociales avec son précédent mariage, arrangé. Il y a une pudeur, entre ces deux personne, absolument délicieuse. Et puis le renaissance de cette femme se fait avec tellement de douceur, qu'elle est
tout simplement criante de vérité.
Je veux aussi vous parler de "Son pays natal". Une histoire que je vois un peu plus négativement. C'est l'histoire d'une française, qui se marie avec un japonais, et qui vient vivre avec lui au
pays. Mais la mère du mari refuse ce marriage, et lorsque l'époux meurt brutalement, la femme se retrouve totalement isolée, sans famille, dans un pays qu'elle ne connaît guère. Mais sa passion
pour la katazome, des tableaux faits de collages, lui permit de se faire au pays. Et lors de sa grande exposition, sa belle-mère vient tomber en pamoison devant un tableau évoquant le souvenir de
son fils, et les deux femmes se retrouvent enfin.
Cette histoire me dérange, parce que d'une certaine façon, elle montre le manque total d'ouverture de certains japonais. La Belle-mère n'acceptera sa brue qu'une fois que celle-ci aura fait la
preuve de son appartenance à la culture japonaise. Elle ne l'accepte pas pour ce qu'elle est, mais pour ce qu'elle est devenue. Je ne sais pas quel était le propos de Utsumi avec cette histoire,
mais en tous cas, c'est la lecture que j'en fais moi, occidental.
Il n'est pas inutile de le redire, L'Orme du Caucase est une petite merveille qui vient montrer une fois encore que Taniguchi Jirô est un grand de la bande dessinée mondiale.